Vivre, c’est souffrir. Et pour survivre, il faut donner un sens à cette souffrance », écrivait Nietzsche. Cette vérité, aussi brutale qu’universelle, nous confronte à une question essentielle : comment apprivoiser la douleur qui jalonne notre existence ?
Nous passons notre vie à tenter de l’éviter, mais elle finit toujours par nous rattraper. Peut-être est-elle l’un des rares rappels que nous sommes bel et bien vivants, que la vie ne nous a pas oubliés. Elle nous murmure notre fragilité, notre finitude. Elle est la cicatrice invisible qui nous relie à notre condition mortelle. »
Ces derniers temps, je médite sur la notion de deuil. Non seulement celui qui suit la perte d’un être cher, mais aussi ces deuils silencieux qui jalonnent nos vies : le regret de ce que nous n’avons pas accompli, la nostalgie de la personne que nous aurions pu devenir, la douleur d’un rêve éteint, l’impuissance face au vieillissement de nos parents, ou encore la tristesse d’un amour envolé. La raison nous intime d’être logique, mais le cœur, lui, refuse de lâcher prise.
Alors que j’écris ces lignes, la main droite immobilisée par une attelle, conséquence d’une opération du tendon supra-épineux, je pense, avec les larmes aux yeux, à mon oncle disparu il y a deux semaines, et à ma grand-mère, partie il y a dix ans.
Le mot « deuil » vient du latin dolium, « douleur ». Cette douleur est indicible. Plus le temps passe, plus je réalise qu’il n’est rien de plus mordant que la présence des morts dans la mémoire des vivants. Elle touche l’essence même de l’âme, telle une plaie ouverte que le temps ne referme jamais tout à fait.
Comment accepter cette douleur si fréquente dans la vie ? Pour beaucoup, le secret réside dans l’acceptation, dans la reddition à la volonté divine. Mais il est plus facile de prononcer ces mots que de les incarner. Comme le rappelait Épictète : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses. »
Le Deuil des Êtres Chers
Heureusement, Dieu nous a donné la faculté d’oublier. Le temps, ce grand alchimiste, atténue la douleur. Imaginez vivre une tristesse totale, ininterrompue : le cœur ne tiendrait pas, le cerveau s’y opposerait. Sénèque l’affirmait déjà : « Le temps guérit ce que la raison ne peut pas. » La science confirme que l’oubli est une nécessité biologique, un mécanisme de survie.
Le deuil traverse des phases : du choc au déni, de la colère à la tristesse, de la résignation à l’acceptation, jusqu’à la reconstruction. Nous passons de la douleur extrême à une forme de normalité, non seulement parce que nous oublions, mais parce que nous apprenons à coexister avec eux dans la vie de tous les jours comme s’ils étaient toujours présents et qu’ils continuent de veiller sur nous. Leur corps est parti mais leur esprit nous accompagne et guide nos pas.
Au fond, la fin de toute chose est inéluctable. Pourquoi attendre la perte pour savourer l’instant ? Vivre chaque moment avec intensité, comme s’il était le dernier, voilà le secret d’une vie pleinement vécue.
Le deuil du rejet
Le rejet est une forme de deuil, plus discrète mais tout aussi réelle. Nos objectifs, nos désirs, sont le prisme à travers lequel nous percevons le monde. Exposer ses aspirations, c’est s’exposer à la possibilité du refus. Il faut beaucoup de courage pour exposer nos désirs et souhaits à quelqu’un d’autre.
Donc, je peux comprendre comment le rejet peut être brutal, frustrant et douloureux. Il nous confronte à la réalité. Le mot “Non” peut porter une connotation négative et existentielle à notre histoire et notre rapport avec la réalité. Le rejet est une forme de deuil et de perte de ce qu’on aurait aimé avoir mais la réalité nous dit autrement.
Cela étant dit, le rejet comporte une certaine vérité à savoir : la réponse par défaut à toute question est « non ». Le rejet n’est jamais définitif ; il est temporaire. À force de persévérance, chaque « non » rapproche d’un « oui ». Le rejet n’est pas personnel : il vise une idée, une demande. Rien à voir avec votre être profond. Ainsi, le rejet devient un deuil utile, un sacrifice nécessaire pour progresser vers nos aspirations.
Le Deuil de la Personne que Nous Aurions Pu Être
Si l’on m’avait dit, il y a dix ans, que je ne serais ni marié, ni père, ni millionnaire à 33 ans, j’aurais dit impossible. Nous voila en décembre 2025 et mon rêve est loin d’être réalisé. Et oui, je fais le deuil de la personne que j’aurais pu être. Et je suis loin d’être le seul.
Chacun porte en lui des rêves inassouvis. Malgré le travail, les sacrifices, la réussite n’est jamais garantie. Si le travail acharné et dur rendait riches, tous nos darons et daronnes seraient devenus millionnaires.
La chance, le timing, les circonstances échappent à notre contrôle. Nous contemplons chaque jour l’écart entre ce que nous sommes et ce que nous espérons devenir. C’est un deuil silencieux, mais universel.
Comment continuer d’avancer, échec après échec ? Ces dernières années, je lutte constamment avec cette question très importante. Pour l’instant, les trois réponses ci-dessous me servent de boussole :
- La foi : avoir confiance en une force supérieure qui nous prépare pour la prochaine étape en mettant des leçons, des obtacles et des épreuves sur notre chemin pour tester notre caractère et nous récompenser au moment ultime. Le trésor est souvent caché derrière les obstacles. La meilleure attitude à développer en cas d’obstacle et de stagnation est de porter son fardeau, sa croix, ses responsabilités, ses rêves et de continuer à marcher et à gravir la montagne. peut-être vous n’arriverez jamais au sommet. Peut-être c’est un voyage sans fin. En toute certitude, c’est un voyage qui nous marquera et qui va nous aider à devenir la meilleure version de nous-même. En plus, pas besoin d’être au sommet pour contempler la belle vue.
- L’enthousiasme : Churchill disait : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Tant que le jeu n’est pas terminé, tout reste possible. Imaginez un match de foot, techniquement, quand toutes les variables et règles du jeu sont connues avec une contrainte de temps bien défini, la fin du match est le seul moment auquel une défaite ou une victoire peut être déclarée. Par analogie, si on jouait à un jeu infini et ou les variables ne sont pas maîtrisées, techniquement le jeu peut continuer éternellement sauf si l’une des parties prenantes décide d’arrêter. On pourrait dire qu’une personne qui réussit est ; soit quelqu’un qui connaît tellement les rouages qu’il peut tirer son épingle du jeu plus rapidement comparé aux autres; soit le dernier à être débout quand tous les autres participants ont décidé de renoncer. Alors, qui êtes-vous si vous décidez de renoncer maintenant ?
- L’acceptation du désir : Il est plus facile de poursuivre ses désirs que d’y renoncer. Le désir peut être défini comme un contral que tu signes avec toi-même pour rester insatisfait et parfois malheureux jusqu’à ce que tu obtienne ce dont tu désires. C’est un choix conscient et addictif. Le fait de le poursuivre et de ne pas arriver au bout semble plus acceptable et rend ce deuil plus gérable que de ne pas tenter du tout. Tout le monde a déjà entendu la phrase “l’argent ne fait pas le bonheur” et pourtant nous qui sommes dans la quete de richesse avons l’habitude de dire : donnez moi l’argent d’abord et après on verra pour le bonheur. le chemin ou le voyage, plus que le but ou la destination, donne sens à la quête.
En conclusion, le deuil, aussi douloureux soit-il, est une composante essentielle de la vie. En moyenne, 150 000 personnes meurent tous les jours et 370 000 bébés naissent tous les jours. Pendant que certains pleurent en sanglots de tristesse et de douleur, d’autres baignent dans la joie et la gaieté. La vie est ainsi faite, tissée d’incertitudes et de contrastes. Le temps et les aléas de la vie n’épargnent personne. Je prie pour que Dieu nous donne la grâce divine : la seule science parfaite ou rien ne se perd et où tout trouve son sens.
Pendant que certains célèbrent et profitent de leur succès, d’autres perdent leur goût à la vie à force d’échouer. Certains s’inspirent des meilleurs et d’autres voient en eux ce qu’ils auraient pu devenir et cultivent du mépris. Certains sont dans le déni et d’autres dans l’acceptance. Certains portent leur fardeau fièrement et d’autres le déchargent méchamment sur les autres. Des millions de rêves se concrétisent avec des oui pendant que d’autres millions se brisent et stagnent avec des non. Beaucoup ne reconnaissent pas la personne qu’ils voient devant le miroir et peu peuvent se réjouir de ce qu’ils sont vraiment.
Je n’ai pas la réponse à toutes les questions. J’ai appris à embrasser l’inconnu, à porter mes responsabilités, à gravir la montagne de la vie avec humilité.
Je comprends mieux, avec l’âge, la sagesse d’Horace Walpole : « La vie est une comédie pour ceux qui pensent et une tragédie pour ceux qui sentent. » Et celle de Nietzsche : « Celui qui a un pourquoi peut endurer tous les comment. »
